L’OpenData, accélérateur d’innovation.

Selon Gueguen, Pellegrin et Torrès, les écosystèmes d’affaire sont des «ensembles de relations entre acteurs hétérogènes guidés par la promotion d’une ressource commune et d’une idéologie qui entraîne le développement de compétences partagées ». Bien que récemment théorisés, ils sont devenus courants dans les secteurs où l’innovation est un facteur clé de réussite. La ressource commune évoquée dans la définition peut être un ensemble de services (comme par exemple les écosystèmes formés autour d’APIs), de produits à tester (on parlera dans ce cas de communauté de pratique), d’idées, de connaissances ou plus généralement de données « métier » mises à disposition par une organisation privée ou publique.

Dans ce dernier cas, on parlera d’OpenData. Ainsi l’OpenData peut être vu comme une stratégie de développement par innovation ouverte reposant sur la mise à disposition par une organisation publique ou privée, d’une partie de ses données métier dans le but d’animer un écosystème d’affaire autour de son activité.

Dans ce cadre, cet article met en lumière certains avantages mais aussi risques internes et externes d’une telle stratégie.

On utilisera le terme « Fournisseur » de données pour désigner l’entité propriétaire des données et « Éditeur », tout membre de l’écosystème susceptible d’utiliser les ressources mises à disposition par le Fournisseur. l’Éditeur peut être successivement développeur puis distributeur de services exploitant les données du Fournisseur.

Bénéfices de la démarche

L’interopérabilité maximum

Dans une démarche OpenData, le Fournisseur n‘anticipe pas les besoins de l’écosystème : exposer des données brutes n’impose aucune contrainte aux Éditeurs. Cette neutralité fonctionnelle, facilitantl’usage des données au sein de configurations multiples, différencie notamment l’OpenData de l’OpenAPI comme le montre C.Faure dans « DataCulture et ApiCulture ».

Cette interopérabilité est clé car elle conditionne le nombre d’Éditeurs susceptibles d’utiliser les données. De ce nombre, dépend le succès de toute démarche reposant sur la sérendipité, telle que l’OpenInnovation ou l’OpenData.

Qualité des données

Lesbénéficesde l’OpenData sont dépendant du volume d‘usage des données exposées. Dans ce cadre,il apparaît clair que le Fournisseur doit en maximiser l’accessibilité:

  • lors de la phase d‘ouverture, en s’assurant que les développeurs disposent de toutes les informations pour intégrer au mieux les données disponibles,
  • lors de la phase d‘exploitation, pour garantir un fonctionnement optimal des services des Éditeurs (disponibilité des données, mises à jour).

Cette accessibilité dépend directement de la pertinence desmétadonnées associées aux données exposées.

Ce travail d’enrichissement sémantique bénéficie aux Éditeurs mais également au Fournisseur lui-même en améliorant les conditions d’exploitation de ses propres données. Il repose sur l’usage de technologies normalisées (RDF, OWL), augmentant de fait la qualité générale(voir l’échelle de qualité des données, Time Berners-Lee) et par conséquence la pérennité des données métier.

Partage des investissements

S’engager dans une stratégie d’ouverture des données implique un investissement initial pour

  • documenter les données exposée : couche sémantique (métadonnées), standardisation des formats.
  • mettre en place une plate-forme d‘exposition des données.
  • communiquer, animer et motiver les Éditeurs de l’écosystème (concours, récompenses, formations) pour inciter à l’exploitation.
  • assister les développeurs : support

Au regard ducoût de fabrication de l’ensemble des services que l’écosystème d’éditeurs est capable de réaliser sur la base des données ouvertes, cet investissement reste modéré car

  • Il existe aujourd’hui des plate-formesd’exposition éprouvées, gratuites et pérennes (voir les outils du projet Data.Gov),
  • la standardisation des formats diminue le besoin de support développeurs,
  • internet, simplifie la communication vers les développeurs très présents sur les forums, sites dédiés, etc …

Ainsi, grâce à l’OpenData, le fournisseurs passe d’un investissement proportionnel au nombre de services développés à un investissement initial unique pour exposer « proprement » ses données. Dans une certaine mesure, le risque financier du développement de nouveaux services est transféré à l’écosystème.

Bénéfice d’image

L’OpenData témoigne, de la part du Fournisseur:

  • d’une volonté de transparence vis a vis des clients / partenaires (habitants / citoyens pour une organisation publique)
  • d’une volonté de participer à l’enrichissement du bien commun / de l’écosystème d’affaire dans une démarche de co-élaboration et de participation ouverte,
  • d’une certaine modernité en s’inscrivant dans le mouvement général des entreprises high-tech vers l’ouverture (http://www.zdnet.com/blog/hinchcliffe/the-emerging-case-for-open-business-methods/218)

Ce bénéfice d’image profite directement au Fournisseur mais également à l’ensemble des membres de l’écosystème d’éditeurs.

On le voit, le Fournisseur peut retirer rapidement un certains nombre de bénéfices de l’exposition de ses données. On peut également renverser le problème et voir que la non-exposition des données comporte un certains nombre de désavantages.

Risques à ne pas faire !

Le coût de la non-exploitation

La pertinence d’une donnée dépend toujours de l’importance qu’elle revêt pour celui qui l’exploite et de ses qualités intrinsèques qui induise son coût de fabrication : précision, lisibilité, fraîcheur, etc …

Ce coût de fabrication est compensé par le revenu qu’on en tire, il y a donc manque à gagner dés lors que son utilisation se limite à un nombre restreint dÉditeurs ou que sa fréquence d‘usage reste faible.

Le vol de données

le « Web Scrapping » regroupe un ensemble de techniques de récupération automatique de données par voies détournées (généralement les interfaces web destinées aux clients). Les conséquences de cette forme de piratage sont une perte de revenue pour les données potentiellement payantes et une perte de contrôle sur l’accès à certaines données que l’organisation ne souhaitait pas distribuer. Une stratégie d’exposition maîtrisée visant à distribuer les données via « canal officiel » lutte contre ce type depratique en diminuant l’intérêt du piratage.

Cependant, bien qu’il y ait de nombreux avantages, l’OpenData nécessite une réflexion amont sur certains risques de la démarche.

Des impacts à anticiper

L’OpenData est avant tout un mode de distribution indirecte de services. Pour une organisation traitant directement avec ses clients (mode B2C) un certains nombres de changements doivent être anticipés :

  • Déficits d’image auprès des clients puisque la marque du Fournisseur disparaît derrière celle de l’Éditeur. Ce phénomène peut être atténué pour le Fournisseur en éditant ses propres services ou en imposant techniquement ou contractuellement un affichage de sa marque aux Éditeurs utilisant ses données. Ainsi Google édite sa propre application de cartographie et affiche sa marque sur les cartes délivrées via l’API Google Maps.

  • Conflits juridiques, conséquences de la possibilité d’intégrer les données du Fournisseur dans des services ne lui appartenant pas. Ainsi l’OpenData pose des questions sur la responsabilité et la propriété intellectuelle des services exploitant les données. Les réponses à ses question se trouvent principalement dans le choix des licences à l’image de travaux entrepris par l’Open Knowledge Foundation.

  • Perte de contrôle sur l’utilisation et la distribution des données métier. Le Fournisseur peut encadrer contractuellement l’usage des données. Mais chaque exigence diminue l’attractivité des données et impose un contrôle potentiellement coûteux pour le Fournisseur. Le risque sera d’autant plus fort qu’il existe une alternative juridiquement moins contraignante pour les Éditeurs.

  • Protection de la vie privée de ceux qui sont visés directement ou indirectement par les données exposées. Ainsi la CNIL impose un certain nombre de règles aux Fournisseurs, mais certaines semblent difficiles à respecter compte tenu de l’état actuel des techniques (comme la nécessité d’un « enregistrement pendant une durée suffisante et adéquate des consultations effectuées par l’internaute, ainsi qu’à leur analyse régulière afin de détecter toute activité contraire à la finalité poursuivie »). Ce problème est d’autant plus complexe que c’est du point de vue de l’individu (et donc surtout de l’Éditeur qui est en contact direct avec ce dernier) qu’il devrait être traité et non du point de vue du Fournisseur car c’est bien la combinaison de plusieurs sources (potentiellement issues de plusieurs Fournisseurs) qui peuvent permettre de reconstituer un profil complet au détriment de la confidentialité des données privées.

En plus d’impacts visibles des clients et de l’écosystème, une stratégie d’OpenData comprend également un certain nombre de risques internes:

  • Changement de métier pour de nombreux salariés, devant passer du « faire » ou « faire faire», de la réalisation à l’animation d’un écosystème. C’est un peu le poste de «community manager» jusque là souvent limité à la relation client, étendu au marketing et plus largement à tous ceux qui construisaient l’offre. On parlera de marketing 2.0. L’objectif n’est plus d’étudier le client final pour concevoir le meilleur service par rapport à son besoin mais de favoriser la créativité des Éditeurs tout en intégrant les contraintes (notamment économique) du Fournisseur.

  • Dilution du pouvoir de ceux qui avaient la main sur les données. Cet impact n’est pas négatif du point de vue « groupe » pour le Fournisseur mais il mérite d’être appréhendé en tant que principal frein au changement par des directions potentiellement déstabilisées par une exploitation différente de l’information (et donc du pouvoir) qu’elles détenaient.

  • Destruction de valeur car comme beaucoup de ressources numériques, la valeur marchande des données est limitée du fait de leur reproductibilité. En effet, tout revenu reposant directement ou indirectement sur la possession exclusive de ses données est susceptible de diminuer. En revanche, la valeur d’usage peut significativement augmenter du fait de l’exploitation des Éditeurs. Ainsi pour un Fournisseur, exposer ses données métier, c’est faire le pari de la valeur d’usage contre la valeur marchande.

  • Investissements non rentables si les données exposées ne sont pas suffisamment exploitées. Les causes possibles sont multiples : manque de lisibilité des données (souvent du fait d’un manque de meta-données associées), non respect des normes, tarification inadaptée, manque de support ou de communication au prés des développeurs. Même si la chance fera toujours partie des facteurs de succès, une étude d’opportunité doit toujours précéder la mise en œuvre d’une stratégie d’ouverture.

En fait, les principaux risques de l’OpenData sont liés au passage d’un modèle de distribution directe à un modèle de distribution indirecte.

Dans une certaine mesure, l’OpenData peut être vu comme une stratégie d’externalisation de l’activité par exposition des ressources et intéressement aux résultatde leur exploitation. Cette externalisation comporte des risques, mais les résultats des organisations engagées dans cette démarche montrent à quel point le modèle est vertueux dans l’univers des services.

Hervé Hoareau

 

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